Comètes et mercenaires – De Mercenary à Outer Wilds

Comètes et mercenaires – De Mercenary à Outer Wilds

Ça y est ! Si tu lis ces quelques lignes, c’est que j’ai franchi le pas, le pas décisif de lancer ce modeste blog. En guise de premier post, je vais te narrer comment l’idée m’est venue, car c’est arrivé il y a tout juste quelques jours, en plein milieu des vacances de Février.

Les vacances c’est jeu vidéo !

Dans mes souvenirs de gamins (je te parle là de temps anciens, où les téléphones avaient des fils, les ordinateurs plafonnaient à 32K de RAM et où quelques mégalodons flânaient encore dans le canal du midi) les vacances c’était évidemment l’occasion de découvrir les jeux vidéo du moment. Je ne crois pas avoir beaucoup changé depuis, en tout cas pas sur ce point, les vacances sont toujours une occasion pour moi de tester un certain nombre de jeux. Qui plus est, j’ai ces jours-ci plusieurs trucs à faire IRL qui m’ennuient au plus haut point et pour les quels je cherche, et trouve, tout un tas d’astuces pour repousser l’inévitable. Tu en conviendras, le jeu vidéo est une aide à la procrastination de premier choix ! Bref, tout ça pour te dire que j’ai profité de ces dernières vacances pour tester tout un tas de trucs, certains plus ou moins oubliables, mais d’autres plutôt remarquables. Je suis en particulier tombé sur (ou plutôt « dans ») Outer Wilds, un jeu dont tu auras sans doute entendu parler, car il faut bien dire qu’il n’est pas vraiment passé inaperçu. Bigre que ce jeu est cool ! Je me méfie d’habitude des avis dithyrambiques, mais là je dois bien avouer que je plussoie au plus haut point, une sacré réussite. Mais ce n’est pas vraiment le sujet de ce post, tu trouveras sans mal des tonnes de review de ce superbe jeu, et je voudrais pour ma part te parler d’un autre aspect.

Le monde délirant d’Outer Wilds

Rencontre avec la comète l’Intrus

Pour faire court, Outer Wilds est un jeu d’exploration spatiale qui se déroule au sein d’un système solaire délirant formé de planétoïdes étranges et mêlant paradoxes temporels, mythes et gnoses en tous genres, et même une interprétation artistique de la décohérence quantique. Bref, un univers qui ferait passer la persistance de la mémoire de Dali pour une œuvre d’un classicisme rococo bouleversant ! Je ne t’en dis pas plus pour l’instant, mais j’y reviendrai un peu plus tard dans ce post. Après moultes nuits flinguées à m’émerveiller des petits détails subtils que l’on trouve ici et là dans le jeu je découvre, non sans frisson, que le dit système abrite aussi une comète. Diantre ! De plus, suivant la logique du jeu de laisser libre le joueur d’explorer tout ce qui lui chante, il est de surcroit possible, voire souhaitable, de se poser sur icelle !

L'intrus dans Outer Wilds
La comète l’Intrus dans Ouer Wilds

Oui, oui, il est possible de se poser sur la comète en question, non sans s’y écraser lamentablement durant les premiers essais, certes. C’est l’un des grands moments du jeu, il y a en d’autre bien entendu, mais celui-ci est relativement unique. Et puis, si je t’en parle c’est qu’au moment même où les trains atterrissage de ma petite navette ont touché la croûte glacée du bolide cosmique un flash m’a traversé l’esprit: ce n’est pas la première fois que je me pose sur une comète … Non pas que cela soit pour moi une activité récurrente (non, je ne se pose pas sur des comètes tous les jours, même dans les jeux vidéo), mais le tout me semblait étrangement familier.

Mais dans Mercenary aussi !

Mais bon sang mais c’est bien sûr ! comme dirait l’autre. Mercenary ! Une série de jeux vidéo des années 80 qui a bercé ma douce adolescence. Pas le premier opus de la série, mais bien les épisodes II et III dans les quels il est effectivement question d’explorer un système solaire, lui aussi plutôt déjanté et qui comprend une comète comme un des principaux protagonistes, comète sur laquelle on peut effectivement se poser et qui révèle un secret bien gardé, tout comme dans Outer Wilds. Autre époque, autre jeu, et pourtant même sensation.

La comète Damocles dans Mercenary II

Pour le coup, tu n’auras pas peut-être jamais entendu parler de Mercenary, qui est bien moins connu. Le premier épisode sort en 1985 et pour des raisons que je n’explique pas ce jeu sublime et unique reste relativement confidentiel, et encore aujourd’hui possède un cercle de fans plutôt réduit. Je te donnerai plus de détail plus tard dans ce post, laisse moi simplement de te dire ici qu’il s’agit d’un des jeux qui aura marqué au fer rouge toute mon histoire de joueur vidéoludique. Tu imagines le kiff ultime, 35 ans plus tard découvrir un jeu comme Outer Wilds qui fait revivre les grands moments de Mercenary: j’ai passé plusieurs jours à oublier la notion de sommeil, à dévorer Outer Wilds, à rejouer à Mercenary et à m’émerveiller des points communs de ces deux jeux de génie avec une délectance sans limite (t’es d’accord que « délectation » ça sonne moins bien quand même, non ?).

Il fallait que ça sorte

Ces quelques jours étaient tellement intenses que je tenais plus en place, obnubilé je tentais d’en parler autour de moi, à ma famille, mes amis, mais sans grand succès. Je suis arrivé, non sans une dépense énergétique déraisonnable, tout au plus à passer pour un ado attardé (que je suis certes) qui s’accroche à des choses plus futiles les unes que les autres et qui, de fait, passe à côté des grands plaisirs de la vie d’adulte que sont les rendez-vous avec des caricatures de conseillers financiers ou encore les discussions houleuses avec les collègues au sujet de la prochaine réforme des universités (tiens, ça y est, je déprime, c’est malin ça). Bref, le désir de raconter cette histoire se faisait ir-ré-sis-tible, et il fallait que ça sorte ! Et voilà, le blog est né !

Mercenary c’est quoi ?

Tout cela c’est pour la petite histoire, il fallait bien que je t’explique un peu d’où venait ce blog, mais je me sens maintenant bien obligé d’aller au bout, et de te faire un topo sur ce parallèle incroyable entre Mercenary et Outer Wilds. Privilège de l’âge, commençons par le plus ancien. Mercenary sort en 1985. Personnellement, je l’ai connu sur Atari ST, mais il existait visiblement déjà sur Atari 8-bit. Tu trouveras tout un tas de détails techniques sur la page wikipédia, les noms, les dates tout ça c’est pas trop mon truc. J’avais à peine 12 ans à l’époque et je peux te dire que je garde un souvenir ému de mes premières parties: Mercenary ne ressemblait à rien de ce que je connaissais alors. Et pour cause, puisqu’il s’agit d’un des tout premier jeu 3D à monde ouvert, tu imagines la claque pour un gamin qui avait l’habitude de jouer à des RPG textuels, de qualité tout à fait hasardeuse qui plus est.

Tu débutes le jeu avec une cutscene de qualité inégalée dans la quelle ton vaisseau spatial se crash sur une planète du doux nom de Targ. Le but du jeu ? S’échapper de la planète Targ, tout simplement. Le jeu se joue à la première personne, dans un décors en 3D fil de fer superbe (sol vert et ciel bleu criards sont au rendez-vous). On s’y meut d’abord à pied, la planète abrite une ville entière remplie de bâtiments aux formes géométriques étonnantes, ainsi qu’un réseau de sous-sols. Mais la randonnée pédestre trouve vite ses limites tant le monde est vaste, et pour se mouvoir de manière plus véloce le jeu nous propose un tas de véhicules différents: voitures, vaisseaux et navettes en tous genres. La planète est par ailleurs habitée par deux factions en guerre, et en bon mercenaire (puisque le personnage que l’on incarne est un mercenaire) on peut/doit en tirer partie afin d’atteindre notre objectif.

Survol d’un pont dans Mercenary

Je ne vais pas t’en dire beaucoup plus sur ce premier opus, mais ce qui frappait était la sensation de liberté totale, rarement présente dans les jeux de l’époque, la qualité impressionnante des animations 3D (les véhicules étaient très rapides) mais aussi les diverses manières de terminer le jeu qui étaient très différentes (voler une fusée secrète, travailler pour une des deux factions pour gagner un billet sur une navette interstellaire etc).

Mercenary II et III

Les deux opus suivants sortent en 1990 et 1992 sur Atari et Amiga, et apportent des améliorations bluffantes. On passe d’abord de la 3D fil de fer à une 3D avec polygones pleins, et même si personnellement je trouve le fil de fer plein de charme le jeu prend une autre gueule. Mais le plus important est que les développeurs ont maintenant modélisé un système solaire entier, avec plusieurs planètes, des lunes, des océans, des continents, plusieurs villes etc. On s’y meut toujours à pied, pour visiter l’intérieur des bâtiments (dont beaucoup ont des étages, des ascenseurs, des sous-sols, des fenêtres) , et aussi en vaisseau, navette, voire même en taxi et en bus. Attends, tiens toi bien, les horaires de passage des bus se trouvaient dans la doc du jeu ! Je me souviens avoir découvert qu’il était possible de passer de planète en planète directement, sans aucun écran de chargement (il n’y en a aucun dans le jeu), simplement avec un vaisseau, en sortant de l’atmosphère puis en volant à travers l’espace sidéral vers une autre destination. Un moment d’émerveillement inoubliable ! Mieux, il existe tout un réseau de télé-porteurs reliant plusieurs villes de planètes différentes. Et enfin, bien entendu, une comète ! La fameuse comète Damoclès, qui menace de détruire la planète Eris dans l’épisode II et que l’on nous demande de dévier de sa course (là aussi, il y avait plusieurs solutions possibles pour y arriver). Enfin, dans l’épisode III il était question de politique, puisque l’on devait empêcher un fou-furieux de se faire élire président, plutôt original comme plot, is it not ?

Réalisme physique et exploration psychédélique

Le système solaire des Mercenary était incroyable de réalisme, tout au moins pour l’époque. Je soupçonne en fait que les développeurs avaient implémenté les lois de Kepler pour calculer les orbites de chaque astre. Le système était donc animé en temps réel, chaque planète, chaque lune évoluant sur son orbite et tournant sur elle-même. Cela donnait lieu à des levés et couchés de planètes spectaculaires qui pimentaient l’atmosphère tout au long du jeu.

Couché de la planète Eris, vu depuis Metis, sur Mercenary III

J’ai compris cela plus tard, mais on trouve aussi des bouts de théorie de relativité restreinte, puisque voyager à trop grande vitesse entre les planètes avait comme conséquence que le timer du jeu (temps avant que la comète ne rentre en contact avec la planète Eris) s’accélère (d’où l’intérêt d’utiliser les télé-porteurs). Par ailleurs, une des solutions pour détourner la comète Damoclès était de dévier sa trajectoire en utilisant l’effet gravitationnel d’autres corps célestes. Bref, tout ça pour dire qu’un des charmes de cette série de jeux unique était les bribes de théorie physique que les développeurs avaient subtilement intégrées aux mécaniques de jeu.

Autre aspect: l’exploration. Les Mercenary sont bourrés de coins et recoins à explorer, et possèdent une rejouabilité (tiens le correcteur orthographique me dit que ça se dit pas, une « rejouance » alors ?) d’à peu près l’éternité (moins epsilon pour être honnête). On trouve des easter-eggs un peu partout. L’un, fameux, mentionnait même les difficultés financières du studio Novagen à travers un graphique nonchalamment accroché au mur d’une des maisons. Le système est aussi parsemé d’endroits étranges et psychédéliques, comme par exemple la planète Midas recouverte de mystérieuses pyramides (plus de 16 millions me dit-on, mais j’ai pas compté !) dont l’une d’elles contient un artéfact ancien. Autre lieu étrange, la maison d’un mystérieux « écrivain », dont le fauteuil est un véhicule à grande vitesse et l’ordinateur permettait de dangereusement modifier la trame de l’espace-temps, rien que çà.

Le champs de pyramides dans Mercenary III

Bigre ce que j’ai pu jouer et rejouer à ces jeux, encore l’année dernière je testais toutes les fins connues de l’épisode III. L’univers que propose la série est unique, subtil mélange de références scientifiques et de délires métaphysiques. Autre point discriminant: la grande majorité des solutions pour terminer les jeux sont non-violentes et se réalisent sans un seul combat.

Arrive Outer Wilds

Ben alors, et Outer Wilds dans tout ça, c’est comment, hein ? Ben écoutes, c’est tout pareil ! Bon, je force un peu le trait, et pour être tout à fait clair loin de moi l’idée d’un quelconque plagiat. Cela dit, j’étais convaincu que les développeurs d’Outer Wilds s’étaient inspirés de Mercenary tant ces jeux ont des points communs, mais je n’ai trouvé aucune information qui aille dans ce sens (je n’ai pas beaucoup cherché non plus). Dans tous les cas, j’ai très vite retrouvé les mêmes sensations en jouant à Outer Wilds. L’univers est en effet très proche de celui de Mercenary: un système solaire, modélisé au petits ognons, entièrement explorable et que menace une terrible destruction, à savoir l’explosion de son soleil dans les 22min après le début du jeu. Au joueur de partir en exploration et d’en découvrir les secrets afin d’éviter le drame.

Le parallèle ne s’arrête pas là. Les développeurs ont intégré, ici aussi, plusieurs phénomènes physiques dans la conception du système solaire: trous noirs, comètes, étrangetés gravitationnelles, matière noire, super nova etc. Ils sont même allés très loin, puisque la trame principale tourne autour des objets quantiques et de leur comportement: de nombreuses mécaniques de jeu sont basées sur le fait qu’un objet quantique que l’on observe redevient classique (ça porte le nom savant de réduction du paquet d’onde, ou de décohérence). Rajoute à cela un aspect mystique, avec une boucle temporelle, un peu à la façon du film Un jour sans fin, jusqu’à une scène finale, que je ne te spoilerai pas, dont le psychédélisme propulserait I am the walrus 1)La version de Centurion, un régal.des Beattles au fin-fond du répertoire de la chanson réaliste. D’autres points communs avec Mercenary ? Mais bien entendu. Pour commencer le système de télé-porteurs entre différents points du système solaire. Je t’en ai déjà parlé mais la comète, que l’on peut explorer elle aussi et qui recèle certains secrets. La présence de planètes recouverte d’océans, avec les quels on peut interagir (on peut nager avec son vaisseau, si si).

Télé-porteur dans Mercenary III
Nage dans Mercenary III

Télé-porteur dans Outer Wilds
Nage dans Outer Wilds

Les deux jeux mettent aussi le personnage dans une situation de départ très similaire: on ne dispose que de très peu d’information et l’on se sent forcé de partir en exploration, le tout en un temps limité. Certaines fins alternatives, cachées, se ressemblent aussi beaucoup: il est possible dans les deux jeux de détruire brutalement l’univers en utilisant certains objets à mauvais escient (ben oui, quand on manipule n’importe comment les trous noirs, faut pas venir se plaindre que ça finisse par détruire l’espace-temps hein).

Il n’est cependant pas faux qu’Outer Wilds et Mercenary différent aussi par plusieurs aspects. Pour commencer, il n’y a aucun combat dans Outer Wilds, ce n’est pas le cas dans Mercenary, même si ces derniers sont facultatifs. Une autre différence de taille est que le système de Mercenary est habité, on y trouve des villes, de nombreux PNJs. De son côté le système d’Outer Wilds est relativement sauvage et l’on ne croise essentiellement que des vestiges d’une ancienne civilisation.

Quoiqu’il en soit, les sensations et émotions que j’ai pu ressentir en jouant à ceux deux chef-d’œuvres sont extrêmement proches, même avec 35 ans d’écart, ça en était à la limite du perturbant. J’en ai été en fait ravi. Que les jeux d’aujourd’hui puissent transmettre les mêmes sensations que ceux des années 80, et vice-versa, quelque part me rassure et me confirme que les chef-d’œuvres vidéo-ludiques sont intemporels.

  • Compléments:
    • Pour jouer à la série des Mercenary, rien de plus simple, elle a été portée sur PC et est disponible sur ce site de fan.
    • J’oubliais, Outer Wilds m’a aussi fait pensé à Gravité du cycle des Xeeles, par S. Baxter qui décrit un système solaire dans lequel la constante universelle de gravitation serait 1 milion de fois plus élevée que dans notre propre monde. L’auteur fait évoluer les personnages au bon milieu de planétoïdes les plus étranges les uns que les autres, peuplées d’une faune délirante qui peut faire penser aux animaux que l’on rencontre en jeu.

Notes   [ + ]

1. La version de Centurion, un régal.

2 réactions au sujet de « Comètes et mercenaires – De Mercenary à Outer Wilds »

  1. Salut Bertrand,
    Bravo pour le lancement de ce blog… J’ai lu la moitié…. je suis sûre que cela peut plaire aux passionnés de jeux, dont je ne suis pas, mais suis heureuse de découvrir un peu de ton univers de passion… BELLE CONTINUATION
    ENJOY & PLAY !

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